Ce qu’il faut savoir sur le Neuron

On se souvient que le Neuron a volé pour la première fois de puis la base aérienne d’Istres le 1er décembre 2012. L’appareil représente une réponse européenne à un défi américain, qui est de mettre en vol d’ici quelques années des avions de combat sans pilote (alias UCAV, pour Unmanned Combat Air Vehicle). Il n’est pas certain que ce soit une bonne idée, une fois de plus la technique précédant le besoin, mais dans le doute, les Européens ont décidé de ne pas s’abstenir et se sont mis à courir derrière le lièvre yankee. Pourquoi pas…

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Un vol de 90 minutes a notamment placé le drone face à quatre avions simultanément
Un Mirage 2000-5 et un Mystère XX chacun équipé d’un radar RDY, un Rafale doté d’un radar RBE2 à antenne passive et un Mirage 2000B de DGA essais en vol équipé d’un RBE2 à antenne active dans sa pointe avant.
© DGA

De manière classique, l’Europe est partie en ordre dispersé, les Britanniques de BAE avançant sur leur propre projet, le Taranis. Ce qui est moins classique, et qui va à rebours de l’expérience malheureuse du Rafale et de l’Eurofighter, c’est que Dassault, maître d’œuvre du Neuron, a réussi cette fois à fédérer autour de lui d’autres partenaires européens : Alenia pour l’Italie, Saab pour la Suède, Casa pour l’Espagne, Hellenic Aerospace Industry pour la Grèce et Ruag en Suisse.

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Le Neuron est propulsé par un Adour 951, le même réacteur qui équipe le Hawk britannique.
© Dassault Aviation

Le Neuron n’est pour l’instant qu’un démonstrateur, qui préfigure ce qui pourrait être un UCAV européen à l’horizon 2030-2040. L’appareil porte sur lui tous les signes extérieurs d’une très grande discrétion radar et infrarouge. Absence de dérive, profil d’aile volante, état de surface aux petits oignons, soute à bombes etc. L’appareil mesure 10m de long pour 12,5m d’envergure, ce qui le place grosso modo dans la catégorie du Mirage 2000 (14,6m de long et 9m d’envergure) dont il partage d’ailleurs le train d’atterrissage ainsi qu’une même attitude quand on le voit au sol.

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Les 80 premiers vols effectués depuis Istres ont servi en premier lieu à ouvrir le domaine de vol du Neuron
© Dassault Aviation

Le Neuron est poussé par un réacteur Adour 951 (un réacteur qui équipe également le Hawk britannique) sans post-combustion offrant un peu plus de 2,8 tonnes de poussée. C’est largement suffisant pour propulser l’appareil à Mach 0,8, avec une autonomie maximale de trois heures. La vitesse maximale n’est pas une valeur essentielle pour l’appareil qui recherche avant tout la discrétion.

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Le Neuron a une autonomie maximale de trois heures.
© Dassault Aviation

Les 80 premiers vols effectués depuis Istres ont servi en premier lieu à ouvrir le domaine de vol de l’appareil, vérifier le bon fonctionnement des systèmes embarqués et en particulier des liaisons de données avec le sol. Une attention particulière a été accordée à la soute à bombe et à la fenêtre protégeant le capteur optique placé sous le fuselage de l’appareil. Pour préserver la furtivité de l’appareil, cette fenêtre doit être opaque aux rayonnements électromagnétique, tout en laissant passer les gammes d’onde nécessaire au capteur. La soute à bombe, et notamment les effets vibratoires de son ouverture à grande vitesse, a exigé également son lot de mesures spécifiques. Les vols suivants ont été consacrés aux mesures de signatures infrarouge et électromagnétique. Le Neuron étant justement conçu pour être peu rayonnant, on peut essayer d’imaginer la difficulté d’obtenir des mesures précises et fiables !

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Le Neuron mesure 10m de long pour 12,5m d’envergure : un petit Mirage 2000
© Dassault Aviation

Le drone était déjà passé en 2013 dans les pattes de la chambre de mesure SOLANGE, utilisée par la DGA à Bruz (Bretagne). Mais il ne s’agissait alors que de mesures statiques. Avec les outils Exserdy (mesure de la surface équivalente radar) Hypercerbère et Cyclope (mesure de la signature infrarouge), la DGA s’est ensuite attaquée aux mesures dynamiques permettant de prendre en compte des phénomènes comme les vibrations aérodynamiques ou le battement des gouvernes. Les derniers vols ont ensuite été consacrés à la caractérisation de l’avion face à des systèmes de détection opérationnels.

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Le Neuron partage avec le Mirage 2000 son train d’atterrissage
© Dassault Aviation

En d’autres termes, il s’agissait de faire évoluer le Neuron face aux différents capteurs en service dans l’armée de l’Air. Un vol de 90 minutes a notamment placé le drone face à quatre avions simultanément : un Mirage 2000-5 et un Mystère XX chacun équipé d’un radar RDY, un Rafale doté d’un radar RBE2 à antenne passive et enfin un Mirage 2000B de DGA essais en vol équipé d’un RBE2 à antenne active dans sa pointe avant. Au cours de ces essais, le Neuron fut également confronté à un E-3F (Awacs) de l’armée de l’Air et aussi à l’autodirecteur des missiles MICA à guidage infrarouge.

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Le Neuron peut voler à Mach 0,8
© Dassault Aviation

Après cette première phase française, le Neuron est à présent parti en Italie pour y subir des essais similaires, mais avec cette fois les systèmes radar propres à la péninsule. Dans le courant de l’été, il prendra ensuite le chemin de la Suède où il clôturera en beauté son travail de démonstrateur avec le tir d’une bombe Mk82 (250 kg) sur le champ de tir de Vidse, à l’issue d’une mission tactique conduite en totale autonomie. La balle reviendra alors dans le camp des politiques, qui devront allumer le deuxième étage de la fusée : une coopération franco-britannique pour la réalisation d’un « Système de combat aérien futur » (SCAF), c’est à dire un UCAV opérationnel qui pourrait voir le jour à l’horizon 2030-2040.

Gil Roy