Ne pas confondre P-8 Poséidon et 737

Il faudra s’y habituer : les avions conçus sur mesure pour leurs missions, c’est presque fini, en Occident du moins. L’heure est à la mutualisation des besoins, la réutilisation d’appareils disponibles sur étagère. L’Atl 2 (Atlantique) de patrouille maritime est le dernier de son espèce et la Marine française entend bien le faire durer le plus longtemps possible. Le Lockheed P-3 Orion, qui a fait les beaux jours de la patrouille maritime (patmar) à l’américaine est en train de quitter la scène après plus de quarante ans de bons et loyaux services. L’avion était un dérivé du Lockheed L-188 Electra civil, mais sa très longue carrière avait fini par faire oublier son héritage.

Pour tous, l’Orion était un pur avion de marins, solide et endurant, même s’il était moins fin et manœuvrant que l’Atlantique. Loin du bruit et des vibrations qui ont fait la réputation du P-3, la patmar américaine se fera désormais dans le confort du P-8 Poséidon. L’équipage tactique ne comprend que neuf personnes qui sont bien au large dans l’appareil. Les espaces de repos sont généreusement dimensionnés et permettent de faire face à des missions pouvant durer jusqu’à 23 heures avec ravitaillement en vol ! Une capacité qui n’était bien entendu pas à la portée des P-3…

Il n’en demeure pas moins qu’utiliser un avion de ligne modifié pour chasser le sous-marin peut sembler osé… « On ne transforme pas un BoeingBOEINGPremier groupe industriel aéronautique et spatial au monde. Constructeur d’avions de lignes et d’avions d’arme, est également présent sur les marché de l’espace et de la sécurité. 170.000 salariés. 737 en P-8, on fabrique le P-8 sur la chaine du Boeing 737, c’est pas la même chose » se défend Boeing. Le Poséidon n’en possède pas moins un fuselage dérivé du B737-800 (une différence majeure tient à l’installation d’une soute à munitions) et une voilure de -900. Des renforts structuraux ont été intégrés dans l’appareil pour encaisser les profils de vol particuliers, avec des forts facteurs de charge.

Le P-8 est assemblé sur la chaine du Boeing 737© US Navy

Le Poséidon peut emporter en soute et sous sa voilure des missiles anti navires Harpoon, des torpilles, des bombes JDAM à guidage GPS, des mines et des chaines SAR de secours en mer. L’avion est aussi bien entendu équipé pour larguer des bouées acoustiques. Comme tout avion moderne, le Poséidon est également soumis à la dictature des étapes logicielles, synonymes d’ouverture progressive du domaine d’emploi opérationnel. La pleine capacité opérationnelle n’est pas attendue avant 2020. L’US Navy estime ses besoins à 117 avions et Boeing a réussi quelques jolis coups à l’export, avec la vente de six avions à l’Inde et celle très attendue de huit autres appareils à l’Australie.

En attendant, la Navy fait un peu la grimace, même si le discours convenu est de dire que tout va bien et que le P-8 représente un progrès extraordinaire sur le P-3… En janvier 2014, un rapport du Pentagone pointait du doigt les insuffisances de l’avion en matière de lutte anti sous-marine et de surveillance maritime, ses deux missions principales. En cause, les performances de son radar, de son équipement ESM et (mal du siècle…) la maturité insuffisante des logiciels faisant tourner la boutique. Les premiers Poséidon entrés en service ont été déployés au Japon pour faire face à la Chine et à sa flotte de sous-marins en constante augmentation. Les Etats-Unis jouent gros dans la région face à une Chine sans scrupule quand il s’agit d’imposer son contrôle sur les espaces maritimes.

Frédéric Lert