Interception d’avions russes en Alaska

La semaine dernière, entre lundi et jeudi, l’aviation russe a quotidiennement effectué des vols de reconnaissance au large des territoires américains de l’Alaska et du Canada mais sans pénétrer dans les espaces aériens des deux pays. Mais la chasse nord-américaine veillait. Quand les « ours » russes viennent renifler de trop près la côte de l’Est américain, il n’y a pas de quoi en faire un « casus belli » selon le ministère de la Défense à Washington. Mais militaires et analystes américains voient dans les récents survols russes des approches maritimes de l’Alaska et du Canada « un message stratégique ». Il faut dire que les « ours » (des avions à long rayon d’action TU-95) ont répété chaque soir, entre le 17 et le 20 avril, leur petit jeu. Lundi, c’était deux bombardiers stratégiques TU-95 qui se sont approchés des côtes ; mardi, deux appareils de ce même type et un IL-38 de patrouille maritime ont nargué la défense aérienne ; mercredi, c’était deux IL-38 ; et jeudi, les TU-95 ont fait leur retour. Les chasseurs F-22 américains et les F-18 canadiens les ont escortés, bien sagement et fort civilement, tout au long de leurs périples. Les chasseurs de l’Otan étaient appuyés par un avion de guet aérien AWACS et un ravitailleur KC-135 de la Garde nationale d’Alaska. L’insistance russe a été notée au Pentagone et à la Maison-Blanche. Moscou a certainement voulu exprimer sa mauvaise humeur après le raid US contre la Syrie ou suite aux manœuvres lancées par l’Otan et les Américains le long de la frontière entre l’Europe et la Russie. Et Poutine ne doit guère apprécier le côté va-t-en guerre et gros bras à la fois de Donald Trump. Ce type de survol, pas plus hostile qu’agressif finalement, est fréquent. L’aviation russe vient régulièrement éprouver la réactivité de la chasse, otanienne ou japonaise par exemple, dans des zones comme la Baltique, la mer Noire, la mer du Nord et l’Atlantique, le Pacifique (tant du côté japonais que du côté nord-américain), la frontière entre la Turquie et la Syrie… En février, l’intrusion de deux bombardiers russes avait mis en émoi les aviations scandinaves, britannique, française et espagnole ! En 2015, l’Otan avait recensé 410 interceptions d’avions russes par des appareils de ses membres. Le nombre de ces interceptions est passé à 780 en 2016 ! Les chiffres ont de quoi alarmer mais ils doivent être pondérés. D’une part, les survols russes, même s’ils sont très médiatisés, ne sont guère plus fréquents dans la plupart des zones de friction. Au-dessus de la Baltique, ils ont même baissé, leur nombre passant de 160 en 2015 à 110 en 2016, selon des chiffres de l’Alliance atlantique. En outre, selon une confidence des Américains, adeptes de la fameuse « déconfliction », la hausse spectaculaire entre 2015 et 2016, est à mettre sur le compte des nombreuses interceptions turques d’avions russes naviguant le long de la frontière entre la Turquie et la Syrie. Une zone où l’aviation russe est très active. Source: vol en MiG.